Par Raquel Castro, psychothérapeute spécialisée en accompagnement parental et développement de l’enfant à Nantes.
Face à des comportements atypiques chez un enfant, il est très fréquent que les parents s’interrogent sur un eventuel trouble TDAH, TSA, etc. Savoir si cela peut être un TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) ou un TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme) n’est pas toujours facile. Dans ma pratique, je rencontre souvent des familles désemparées qui cherchent à comprendre la singularité de leur enfant sans pour autant poser d’étiquettes hâtives.
Ces indications comportementales sont là pour vous guider et nourrir votre réflexion, mais seul un bilan réalisé par un professionnel ou une équipe pluridisciplinaire permet d’établir un diagnostic. Sachez que l’inquiétude des parents est le symptôme numéro 1 qui doit toujours être écouté et pris en compte par les spécialistes.
Quels sont les points communs entre le TDAH et le TSA ?
Étant donné que le TDAH et le TSA appartiennent tous les deux à la famille des troubles neurodéveloppementaux (TND) les confondre peut être normal. Premièrement, leurs manifestations sont présentes dès la naissance ou la toute petite enfance.
Pour évoquer l’un ou l’autre de ces troubles, deux conditions fondamentales doivent être réunies :
- Une présence dans au moins deux environnements différents : Les difficultés doivent se manifester aussi bien à la maison qu’à la crèche, à l’école, chez les grands-parents ou lors d’activités périscolaires.
- Un impact réel sur le quotidien : Les comportements entraînent un retentissement ou des gênes mesurables dans la vie sociale, familiale ou académique de l’enfant.
À quel âge peut-on diagnostiquer un TSA ou un TDAH ?
En effet, c’est l’une des différences majeures entre ces deux parcours :
- Le TSA peut être diagnostiqué très tôt, dès 18 mois. Les signes d’alerte et les particularités du développement relationnel se manifestent fréquemment durant la deuxième année de vie.
- Le TDAH est diagnostiqué plus tardivement. On attend généralement que l’enfant soit scolarisé, bien souvent lors de l’entrée en première année de primaire (CP). C’est à cet âge que les exigences d’attention soutenue et de maintien de l’assise mettent en évidence le décalage.
Si vous observez des manifestations particulières chez votre tout-petit, vous pouvez consulter notre guide sur l’accompagnement des enfants à particularités (TDAH/TSA).
Comment se manifeste le Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA) chez le tout-petit ?
Selon les critères actualisés du DSM-5, le TSA se structure autour de deux dimensions symptomatiques principales : les déficits de la communication/interactions sociales, et le caractère restreint et répétitif des comportements ou intérêts.
Les signes d’alerte de communication avant et après 18 mois
En effet, chez le très jeune enfant, l’observation porte sur la communication non verbale et verbale :
- À 12 mois et au-delà : Absence de babillage, de pointage à distance ou de gestes sociaux (faire coucou, au revoir).
- À 18 mois et au-delà : Absence totale de mots.
- À 24 mois et au-delà : Absence d’association de deux mots spontanés (non répétés en écho).
On peut également observer un manque d’intérêt pour les interactions dès la première année. Des façons bizarres d’entrer en contact (prendre la main de l’adulte sans le regarder) ou l’absence de réponse à son prénom.
Les intérêts restreints et les particularités de jeu
Aussi, l’un des éléments clés réside dans le caractère restreint des intérêts ou des comportements. L’enfant s’intéresse à un nombre très limité d’objets ou d’activités.
Parfois, l’objet semble banale (des petites voitures, des balles, des chevaux), mais l’usage qu’en fait l’enfant est atypique :
- Il va préférer regarder tourner les roues des voitures plutôt que de les faire rouler dans un scénario.
- Il est passionné par le mouvement d’une balle plutôt que de jouer à se la renvoyer.
- On observe une absence de jeu imaginatif ou symbolique (comme faire semblant de nourrir le cheval ou interagir avec d’autres personnages).
On retrouve aussi des particularités sensorielles (recherche ou évitement de sensations), des modes de jeu inhabituels (traîner un jouet sans y jouer), des stéréotypies motrices (marcher sur la pointe des pieds) ou une rigidité dans les routines (manger toujours les mêmes aliments).
Pour plus de détails sur les recommandations officielles de repérage précoce, vous pouvez consulter les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS).
Comment reconnaître les manifestations du TDAH chez l’enfant ?
De fait, le TDAH se caractérise par trois modes de présentation : inattentionnel, hyperactif-impulsif, ou une combinaison des deux. Pour poser ce repère, au moins 6 symptômes d’une catégorie doivent persister depuis au moins 6 mois.
1. Le versant Inattention
L’enfant ne manque pas simplement de volonté, son cerveau a du mal à filtrer et maintenir son effort :
- Il fait des fautes d’étourderie ou néglige des détails.
- Il a du mal à soutenir son attention dans les jeux ou les tâches.
- Il semble ne pas écouter quand on lui parle directement.
- Il perd ses affaires (crayons, doudou, vêtements) et oublie les consignes quotidiennes.
- Il évite les activités qui demandent un effort mental continu.
2. Le versant Hyperactivité et Impulsivité
En réalité, l’enfant ne fait pas que « beaucoup bouger », il est poussé par un besoin moteur qu’il ne contrôle pas :
- Il remue sans cesse les mains, les pieds ou se tortille sur son siège.
- Il se lève fréquemment dans des situations où il doit rester assis.
- Il agit comme s’il était « monté sur ressorts » ou incapable de se tenir tranquille.
- Il parle trop, coupe la parole ou laisse échapper la réponse avant la fin de la question.
- Il a de très grandes difficultés à attendre son tour.
En effet, des difficultés associées comme une impulsivité émotionnelle ou des retards légers de motricité peuvent accompagner ce tableau.
Quand et qui consulter si vous avez un doute ?
Si vous remarquez plusieurs de ces signes au quotidien et que cela perturbe l’harmonie familiale ou le bien-être de votre enfant, il ne faut pas rester seul avec vos questions.
De fait, un accompagnement personnalisé vous permet de faire le point sur le développement de votre enfant et d’adapter votre quotidien. Si des bilans plus poussés sont nécessaires, un travail en réseau permet de vous orienter vers les bons spécialistes (pédopsychiatre, neuropédiatre, psychomotricien).
Pour échanger sur la situation de votre enfant et trouver des clés adaptées, vous pouvez prendre rendez-vous pour une consultation d’accompagnement parental.